Mais elle va mieux, c'est sûr. Elle ne prend plus du tout de médicaments, et ce depuis un an et demi maintenant. J'en suis ravie. Je pense vraiment que c'est notre plus belle victoire. Je ne voyais pas comment elle pouvait devenir autonome au niveau de ses selles avec tout cette chose dégoulinante qui sortait d'elle, chimiquement. Chaque jour.
Je voulais qu'elle soit "actrice" et non 'spectatrice". Sur ce point, j'ai réussi. Pari gagné.
Depuis un mois elle pousse, vraiment. Chaque soir en rentrant de l'école, elle fait ses devoirs. Monte se détendre dans sa chambre. Elle lit, dessine, joue à la Wii avec sa soeur. Je la laisse tranquille. Je me détends devant mon ordi ou la télé, je prépare le repas, on mange en famille... après j'impose la douche. Pour qu'elle puisse se glisser dans mon lit en pyjama, toute propre et détendue, pour regarder un début de DVD. Moment incontournable avant son endormissement. Elle aime se mettre à ma place, envahir mon oreiller avec ses doudous et l'odeur de ses cheveux... elle aime laisser sa trace là où je suis. Ca la rassure.
Elle pousse juste avant la douche. Une petite boule vient chaque soir. Elle n'est pas énorme. Elle fait la taille d'une grosse bille. D'une balle rebondissante que j'avais dans les tirettes à un franc de mon enfance... c'est déjà beaucoup. Et surtout, ça instaure une habitude, un besoin. Et c'est ça l'essentiel. Car finalement, on est tous un peu réglé si on y réfléchit bien.
Elle en est fière. Et moi je jubile. Je veux sauter au plafond. Croire que son colon a enfin repris sa taille normale et que donc, elle a retrouvé des sensations. Je me sens bien. Je la regarde se nettoyer, se doucher. Sans moi. Sortir ses protège-slips, sur lesquels je retrouve des traces et non des souillures liquides... mettre sa couche rassurante pour la nuit. C'est incroyable. Inespéré...
Mais tout peut basculer, encore. Rien que pour une chose qui la stresse. La semaine dernière, elle devait faire un tournoi de rugby avec sa classe. Journée pique-nique en plein air. Pas de possiblité de rentrer se changer le midi. Ca l'a mise en vrac. Elle a eu comme une diarrhée deux jours avant. Elle était invitée à aller nager chez une amie à elle, la veille du tournoi. Il a fallu la changer trois de maillot de bain... c'est fou comme une contrariété, une peur, peut tout remettre en cause...
Du coup elle est restée à la maison. Pliée en deux et les fuites abondantes ont rythmé la journée. Elle s'est sentie soulagée de ne pas y aller et à recommencer à aller mieux. Depuis elle a repris son rituel de petite bille du soir. Elle s'est douchée seule ce soir, sans que je ne m'occupe de rien. Elle a des traces minimes dans sa culotte la journée. Elle gère, sans moi.
Je suis sûre qu'on touche au but, mais que dans sa petite tête, tout ne va pas encore comme sur des roulettes pour quitter maman et le confort de la maison. Pour faire comme une grande.
Je pense que le temps va faire son oeuvre. Elle n'a que neuf ans.
Vous voyez, je suis optimiste.
J'ai oublié de vous dire que je la masse aussi beaucoup. Au niveau du bas ventre et sous les fesses, au niveau des aducteurs... à l'arrière des cuisses. Cela la détend. Je lui demande aussi de faire des flexions debout... elle descend tout doucement jambes pliées, dos plat, les bras à l'horizontal. Ca l'aide pas mal, quand c'est sur le point de venir mais que la boule est plus grosse que prévu.
Je fais tout pour ne pas avoir recours à de médicament. Et j'y parviens assez bien.
Pourvu que ça dure...
Je vous tiens au courant...
