lundi 22 octobre 2007

On met les bouchées doubles...

Ca y est, Zoé a fait la-plus-grosse-boulette-du-mois et en est très-très soulagée... moi aussi, bien sûr. Il faut dire que je suis assez tenace et même si je suis accompagnante et compatissante, avec sa maladie, il m'arrive de me montrer ferme et de taper du poing sur la table...
Hier, dimanche, j'ai eu un après-midi "rangement"... j'étais très déterminée à débarrasser mon garage de vêtements d'hiver... j'ai répertorié les bottes, les chaussures de marche... après quoi je me suis attaquée à nettoyer derrière mes meubles de cuisine, toute contente d'humer l'odeur des gaufres maison que préparait Jenfi pour ses fifilles affamées... bref, aucune pause n'a permis à Zoé d'entendre ma douce voix lui demander "tu veux aller aux toilettes?????"... Jenfi n'est pas assez impliqué dans ce rituel pour y penser et prendre le relais... ce n'est pas une critique, c'est une constatation et un reflet du lien qui nous unit, Zoé et moi... jusque dans le fait que je sois "celle" qui la nettoie le mieux, qui l'encourage... il est vrai aussi que l'intimité de ce rituel est plus facile pour une petite fille à partager avec sa maman... petite elle laissait faire... là, elle grandit et devient pudique... c'est évident...
J'ai donc pointé mon nez devant ma Zoé à l'heure de la douche, vers 18h30... et là, j'avais la fatigue le long des épaules, l'envie de prendre une douche chaude et de me mettre un vêtement propre et ample... pour me larver sur le canapé dès que possible... j'ai baissé son pantalon (en velours rose) et les dégâts étaient tels que je me suis énervée...
"mais enfin Zoé, c'est trop dur de m'appeler??? ou même d'y aller toi-même avant d'en arriver là???..."
Gros silence de sa part, yeux de chien battu.
"Zoé, regarde!!! Ton pantalon est tâché, la culotte, je n'essaye même pas de la détacher, c'est poubelle... tu pourrais au moins me dire quand ça commence à couler????"
Toujours muette.
"Ne me dis-pas que tu ne sens rien venir quand même????"
Elle se pince les lèvres et soupire.
"Je te préviens, faut que tu reprennes un peu le dessus et sois plus coopérante, d'accord?"
Enfin un signe approbatif.
"Je sais que tu peux le faire... tu sais Zoé, soit ta maladie t'empêche de tout sentir, et tu te fais dessus tout le temps... soit tu contrôles un peu mieux chaque jour et on va vers ta guérison totale... mais pas un mélange des deux... sinon cela veut dire que c'est ta tête qui dit "je veux pas"... pas ton corps qui ne peut pas... et moi, je ne veux plus que ta tête décide de tout avec ton caca, compris?"
Elle a commencé à pleurer et à me prendre par le cou.
"Ne pleure pas mon coeur, c'est pas grave pour les vêtements, je suis juste en colère car là, tu fais de la résistance, tu baisses les bras, pas vrai ???"
Enfin elle a une langue!!!
"Oui, je sais maman... je suis fatiguée avec mon rhume et je veux pas me donner du mal... je veux que ce soit toi qui fasses tout..."
"Zoé, je fais déjà beaucoup et tu le sais... tu vas avoir huit ans, chérie... il faut que tu grandisses et fasses caca par toi-même, tu peux y arriver... moi je suis là pour toujours, avec toi, à t'aimer et à te protéger des autres... mais je ne peux pas faire caca à ta place, ça non... c'est toi qui dois faire toute seule..."
"D'accord, je vais pousser..."
"je veux un caca demain sinon on reprend le transipeg et l'importal tous les jours, c'est sûr..."
"Non pas besoin, ça va aller..."
Le caca promis est arrivé ce soir à 18h30, heure de la douche, propice pour elle...
Elle a eu un gros calin... de félicitation... d'amour...
Mais j'ai pris ma décision. Je vais aller voir un magnétiseur dans les mois qui suivent. Ma cousine Odile en connait un "bon", recommandé... connu dans sa région de Marmande...
Je n'étais pas trop chaude... mais là... je veux tester... la fascia a permis de redonner à son corps ses fonctions motrices, la poussée est enfin une réalité... c'est formidable.
Mais pour le blocage psychologique, c'est encore loin du résultat...
Je dois encore faire une séance de fascia sous peu mais je vais enchaîner après sur ce petit papy qui a soi-disant des mains de fée...
Je n'ai rien à perdre...
Je suis prête à tout...

vendredi 19 octobre 2007

Piscine

Cela fait un moment que je ne viens pas écrire sur Zoé. Un moment que j'étudie l'évolution de son comportement, si encourageant depuis l'été... un moment que je réfléchis et me demande si je dois écrire ce que mon corps me traduit depuis peu (une fatigue musculaire lancinante, une envie de manger constante, de me remplir d'un vide... des vertiges dûs à mon sur-investissement auprès d'elle... un questionnement sur mon impuissance face à cette maladie que je vois grandir avec ma fille, se nourrir d'elle, s'installer en elle... )...
Je fanfaronne et fais la pître toujours autant, affichant un continuel dynamisme et une espérance sans limite... j'ai pas le choix... tomber avec elle serait donner raison à mon ennemi invisible... celui qui réside dans ses tripes et refuse de sortir au grand jour... jamais je ne vais connaître le vrai visage de ce avec quoi je me bats... l'encoprésie revêt des panoplies si diverses... tantôt elle se fait douce et endormie... tantôt elle se fait violente et ravageuse... je la hais... et elle me le rend bien... des fois j'ai vraiment l'impression d'être face à quelque chose qui me teste et me bouffe la vie, se servant de Zoé comme d'une enveloppe corporelle bien fragile et innocente...
C'est stupide, je le sais... d'individualiser une "maladie"... de la "haïr"... de lui "demander" de quitter ma fille et d'aller voir ailleurs... c'est ce que je crie en moi... ce que je retiens... ce que je contiens...
Zoé est en période d'affaiblissement... elle chope tous les virus ambiants.... c'est sûr qu'en mangeant trois bouchées de viande et deux rondelles de carottes comme hier soir, ça pèse pas lourd face aux bactéries... mais elle n'a pas "faim"... son ventre balonné affiche complet... le moindre centimètre carré restant réclame qu'on le laisse tranquille, qu'on l'oublie... elle n'expulse rien depuis quinze jours... dernière "boulette" rassurante en date "le jeudi 4 octobre"... une éternité pour moi... un petit record pour elle qui a connu jusqu'à un mois de sécheresse rectale...
Les souillures sont revenues... moindres, car Zoé maîtrise, c'est un vrai changement, sur lequel je dois positiver... je me dois de le préciser... tout n'est pas noir...
Je la vois aller aux toilettes avec moins d'entrain, dégoûtée d'elle même, de son échec...
Elle me regarde et me dit "tu n'es pas trop triste, maman????"
Je secoue la tête pour dire non.
"Tu sais, c'est pas de ma faute... il y a piscine tous les jeudis après-midi avec l'école et j'ai peur..."
J'ai voulu en savoir davantage.
"Peur de quoi, ma puce?"
Elle s'est lancée, en confiance.
"Bah tu vois jeudi de la semaine dernière (le 4), je suis allée à la piscine... je me suis deshabillée dans le vestiaire et tout le monde regardait mon protège-slip.... je veux pas qu'on se moque de moi..."
"Mais chérie, on en met un propre quand tu rentres manger le midi... quand tu arrives à la piscine à 14H30 avec ta classe, tu n'as aucune trace, de quoi as-tu peur???"
Elle a soupiré.
"Bah l'eau elle est froide dans le grand bassin... je passe dans le premier groupe, tu sais, celui des "baleines"..."
"Oui je sais..."
"Eh bien après on sort de l'eau et on attend sur les bancs... c'est le tour des "pieuvres"..."
"???"
"Moi je grelotte... et mon ventre avec l'eau froide que j'ai eu en nageant, il est tendu et il veut que caca sorte..."
"Oui, ça te fait ça à chaque fois, l'eau froide te décoince..."
"Bah oui mais je peux pas faire..."
"...."
"personne peut m'accompagner aux toilettes et j'ai pas de lingettes avec moi, y a pas de papier non plus... et surtout, t'es pas là, maman"...
J'ai caressé sa joue.
"je comprends, c'est dur pour toi, c'est ça???"
"Oui, je crains le jeudi... j'aime pas le jeudi"...
C'est clair, mercredi de la semaine dernière, au soir, elle a déclaré sa pharyngite... ce n'était pas par hasard...
Hier, jeudi, la grève nationale lui a fait sauté un jour de classe, elle était ravie...
"Maman, depuis que je me suis retenue très fort sur le banc de la piscine, je n'arrive plus à le faire revenir... tu es en colère???"
J'étais pleine de haine envers cette maladie, pas envers ma fille...
Quand pourra t-elle mener une vie normale et aller à la piscine avec sa classe sans endurer tout cela... quand sera t-elle libre, comme tout le monde????
J'ai accusé le coup...
Et je l'accompagne dans ce blocage aquatique...
Les vacances de la Toussaint arrivent... dans une semaine...
Peut-être une lueur d'espérance et de rémission...
L'activité piscine est au programme scolaire tous les jeudis jusqu'à Noël... Zoé en est catastrophée...
J'ai jeté deux mots à sa maîtresse de ma décision de ne plus la faire participer si ça continue mais j'ai eu l'impression d'être celle qui parle de quelque chose qui n'existe pas... d'une maladie que Zoé a mais que l'on ne voit pas... qu'on ne ressent pas...
Heureusement je suis amie avec cette institutrice... et elle me laisse faire...
Je vais donc voir et aviser avec le suite des évènements...
Car il est clair que Zoé doit aussi se surpasser pour guérir...
Pas simple...
L'encoprésie n'est pas simple...
Je crois que vous l'avez compris...