Je suis plutôt dotée d'un tempérament à avoir la pêche. Résidu génétique. Je descends d'une famille de femmes au caractère fort, affirmé, qui ont rarement plié devant les obstacles de la vie... j'ai appris. J'ai ça en moi.
Mais je ne suis pas intouchable. Et heureusement. Il faut savoir toucher le fond et taper du talon pour mieux remonter...
La maladie de Zoé n'est pas un long fleuve tranquille. Je me suis levée quelques matins avec le bourdon. L'envie de rester sous la couette et de ne rien faire. l'envie de dire à Zoé "aujourd'hui tu te débrouilles comme tu veux, mais je ne toucherai aucune lingette, aucun protège-slip... je fais grève."
La voir se refermer sur elle-même, rester silencieuse, et partir aux toilettes toutes les heures pour voir si rien ne coulait, était un crève-coeur pour moi. Je me sentais bourreau, et elle victime. Je ne le supportais pas. J'ai rarement tenu mes coups de tête. J'ai toujours volé à son secours. Elle me remerciait, m'embrassait. Et moi je finissais par m'excuser car au bout du compte elle me glissait dans l'oreille :
"Tu sais, maman, je ne le fais pas exprès. J'aimerais tellement que ça s'arrête."
C'est très compliqué, destabilisant, destructeur. La maladie est entre nous et instaure un climat d'amour inconditionnel, de compassion et de rejet à la fois.
Je ne me permettrai pas de comparer, je sais trop que l'anorexie est une maladie horrible, dévastatrice. Mais tout de même. Il y a des similitudes dans la force mentale des patients atteints d'anorexie, de boulimie, d'encoprésie... ils se détruisent et emportent leur entourage avec eux... J'ai eu très peur quand le gastro-entérologue m'a dit il y a longtemps que les encoprésiques d'hier surchargeaient son service d'anorexiques aujourd'hui... je me suis vue face à une Zoé décharnée, amaigrie, refusant toute nourriture et complètement incapable de revenir en arrière... je me suis dit, comme tout le monde, que je n'aurais qu'à lui mettre une fourchette de force dans la bouche, et que chaque repas sera pris sous mes yeux... mais si seulement tout était si simple...
L'encoprésie m'a appris ce qu'est la puissance d'un bloccage psychologique, même si il est apparenté à une faiblesse rectale, comme dans le cas de Zoé...
L'encoprésie m'a appris beaucoup sur la tolérance et la détresse que doivent subir les parents d'enfants anorexiques...
L'encoprésie a renforcé mon tempérament fonceur et touche à tout... je me suis lancée le défi de tout essayer, pour qu'elle guérisse... je vais même vous avouer quelque chose : si la fasciathérapie n'avait pas marché, j'avais les coordonnées d'un magnétiseur en dernier recours... et je l'ai toujours.
La force d'une maman est incroyable, l'amour donne des ailes.
Je suis comme vous toutes qui me lisez. Prête à tout pour mon enfant.
Et je dis oui, on a le droit de craquer, de pleurer quand la culotte sale de "trop" nous reste en travers de la gorge...
Une fois les larmes séchées, il faut rassurer son enfant, lui dire qu'on est juste fatiguée, épuisée, de tout cela. Mais qu'on va se battre avec lui. Toujours.
vaincre l'encoprésie est possible... Zoé et moi y travaillons chaque jour... avec amour... et persuasion...
Bon courage à toutes les mamans qui sont confrontées à cette pathologie...
lundi 10 septembre 2007
La pêche ou le bourdon?????
Publié par
Véro
à
14:31