Cela fait un moment que je ne viens pas écrire sur Zoé. Un moment que j'étudie l'évolution de son comportement, si encourageant depuis l'été... un moment que je réfléchis et me demande si je dois écrire ce que mon corps me traduit depuis peu (une fatigue musculaire lancinante, une envie de manger constante, de me remplir d'un vide... des vertiges dûs à mon sur-investissement auprès d'elle... un questionnement sur mon impuissance face à cette maladie que je vois grandir avec ma fille, se nourrir d'elle, s'installer en elle... )...
Je fanfaronne et fais la pître toujours autant, affichant un continuel dynamisme et une espérance sans limite... j'ai pas le choix... tomber avec elle serait donner raison à mon ennemi invisible... celui qui réside dans ses tripes et refuse de sortir au grand jour... jamais je ne vais connaître le vrai visage de ce avec quoi je me bats... l'encoprésie revêt des panoplies si diverses... tantôt elle se fait douce et endormie... tantôt elle se fait violente et ravageuse... je la hais... et elle me le rend bien... des fois j'ai vraiment l'impression d'être face à quelque chose qui me teste et me bouffe la vie, se servant de Zoé comme d'une enveloppe corporelle bien fragile et innocente...
C'est stupide, je le sais... d'individualiser une "maladie"... de la "haïr"... de lui "demander" de quitter ma fille et d'aller voir ailleurs... c'est ce que je crie en moi... ce que je retiens... ce que je contiens...
Zoé est en période d'affaiblissement... elle chope tous les virus ambiants.... c'est sûr qu'en mangeant trois bouchées de viande et deux rondelles de carottes comme hier soir, ça pèse pas lourd face aux bactéries... mais elle n'a pas "faim"... son ventre balonné affiche complet... le moindre centimètre carré restant réclame qu'on le laisse tranquille, qu'on l'oublie... elle n'expulse rien depuis quinze jours... dernière "boulette" rassurante en date "le jeudi 4 octobre"... une éternité pour moi... un petit record pour elle qui a connu jusqu'à un mois de sécheresse rectale...
Les souillures sont revenues... moindres, car Zoé maîtrise, c'est un vrai changement, sur lequel je dois positiver... je me dois de le préciser... tout n'est pas noir...
Je la vois aller aux toilettes avec moins d'entrain, dégoûtée d'elle même, de son échec...
Elle me regarde et me dit "tu n'es pas trop triste, maman????"
Je secoue la tête pour dire non.
"Tu sais, c'est pas de ma faute... il y a piscine tous les jeudis après-midi avec l'école et j'ai peur..."
J'ai voulu en savoir davantage.
"Peur de quoi, ma puce?"
Elle s'est lancée, en confiance.
"Bah tu vois jeudi de la semaine dernière (le 4), je suis allée à la piscine... je me suis deshabillée dans le vestiaire et tout le monde regardait mon protège-slip.... je veux pas qu'on se moque de moi..."
"Mais chérie, on en met un propre quand tu rentres manger le midi... quand tu arrives à la piscine à 14H30 avec ta classe, tu n'as aucune trace, de quoi as-tu peur???"
Elle a soupiré.
"Bah l'eau elle est froide dans le grand bassin... je passe dans le premier groupe, tu sais, celui des "baleines"..."
"Oui je sais..."
"Eh bien après on sort de l'eau et on attend sur les bancs... c'est le tour des "pieuvres"..."
"???"
"Moi je grelotte... et mon ventre avec l'eau froide que j'ai eu en nageant, il est tendu et il veut que caca sorte..."
"Oui, ça te fait ça à chaque fois, l'eau froide te décoince..."
"Bah oui mais je peux pas faire..."
"...."
"personne peut m'accompagner aux toilettes et j'ai pas de lingettes avec moi, y a pas de papier non plus... et surtout, t'es pas là, maman"...
J'ai caressé sa joue.
"je comprends, c'est dur pour toi, c'est ça???"
"Oui, je crains le jeudi... j'aime pas le jeudi"...
C'est clair, mercredi de la semaine dernière, au soir, elle a déclaré sa pharyngite... ce n'était pas par hasard...
Hier, jeudi, la grève nationale lui a fait sauté un jour de classe, elle était ravie...
"Maman, depuis que je me suis retenue très fort sur le banc de la piscine, je n'arrive plus à le faire revenir... tu es en colère???"
J'étais pleine de haine envers cette maladie, pas envers ma fille...
Quand pourra t-elle mener une vie normale et aller à la piscine avec sa classe sans endurer tout cela... quand sera t-elle libre, comme tout le monde????
J'ai accusé le coup...
Et je l'accompagne dans ce blocage aquatique...
Les vacances de la Toussaint arrivent... dans une semaine...
Peut-être une lueur d'espérance et de rémission...
L'activité piscine est au programme scolaire tous les jeudis jusqu'à Noël... Zoé en est catastrophée...
J'ai jeté deux mots à sa maîtresse de ma décision de ne plus la faire participer si ça continue mais j'ai eu l'impression d'être celle qui parle de quelque chose qui n'existe pas... d'une maladie que Zoé a mais que l'on ne voit pas... qu'on ne ressent pas...
Heureusement je suis amie avec cette institutrice... et elle me laisse faire...
Je vais donc voir et aviser avec le suite des évènements...
Car il est clair que Zoé doit aussi se surpasser pour guérir...
Pas simple...
L'encoprésie n'est pas simple...
Je crois que vous l'avez compris...
vendredi 19 octobre 2007
Piscine
Publié par
Véro
à
09:26