J'ai longtemps demandé à Zoé pourquoi elle se retenait, pourquoi elle n'allait pas aux toilettes, pourquoi elle ne semblait pas gênée par ses pertes odorantes... Des tonnes de pourquoi n'ont jamais eu d'écho. Je suis restée avec mes interrogations pendant longtemps, cherchant des réponses par le biais d'internet, espérant tomber sur un témoignage qui ressemblerait à mon parcours familial... en vain...
C'était dur de se sentir incomprise et seule face à une maladie qui ne semblait toucher que... ma fille. J'avais l'impression de battre des records de "je ne fais rien comme tout le monde"... Manon était née à 28 semaines de grossesse, Zoé développait une pathologie qui semblait être niée par la terre entière... pourquoi cela tombait-il sur moi? Un sentiment d'injustice est venu me harceler de temps à autre. Mais je savais que je n'avais pas le droit de me plaindre. Il y a des situations bien pires. Je me suis donc secouée... régulièrement.
Expliquer sa maladie, Zoé ne sait pas le faire. J'en ai parlé avec mon amie Nath, maman de petits jumeaux prémas, lors de notre rencontre en février dernier. Nath est formidable. Je peux parler de tout avec elle. Même de ce qui ne la touche pas. Elle a toujours voulu savoir comment se porte Zoé et je la remercie encore beaucoup pour sa sollicitude. Nath, t'es adorable.
C'est en parlant de ce "mur" de silence qu'était ma Zoé que Nath m'a dit "bah fais-la dessiner sa maladie!"... Nom d'une pipe, mais qu'elle était bonne cette idée!!!
Zoé passait sa vie à gribouiller depuis le jour où elle avait piqué un crayon à son aînée et je n'avais pas réfléchi une seconde que c'était son mode d'expression favori! Quelle nouille!
J'ai donc soumis le projet à ma demoiselle et j'ai attendu qu'elle me présente son oeuvre... un beau jour... car avec Zoé, il faut que l'idée vienne d'elle pour que ça marche. Je devais donc attendre que l'inspiration soit au rendez-vous. Elle m'a juste dit "bah dès que j'ai mal, je fais un dessin et je te le donne"...
Les crises de février suite à la première séance de fasciathérapie ont donné des signes de douleur. Malheureusement. Zoé a laissé passer sa colère et je lui ai relancé l'idée, timidement... du fameux dessin.
Il a fini par arriver, en avril... Elle est arrivée avec sa feuille A4 bien à plat, elle s'est assise dans la cuisine et m'a dit "Voilà, c'est comme ça que j'ai mal"
Elle avait dessiné une petite fille, à son image, avec un ventre disproportionné... elle était au centre de la page, entourée de fleurs, d'un soleil, de ciel bleu...
dans son ventre il y avait comme des blessures, des trous, et sur son visage un rictus et des larmes... elle avait mis un petit fusil dans un coin de son ventre, posé, seul...
Je lui ai demandé de me décrypter ce croquis.
"Alors tu vois, moi je suis là, dans le jardin, chez nous, car j'aime les fleurs, elles me font du bien, tu le sais????"
"Oui, je sais bien chérie..."
"Mais quand j'ai mal et bien on dirait comme si y avait un fusil qui tire des balles piquantes dans mon ventre...tout le temps... ça s'arrête jamais"...
J'étais attentive, un peu médusée.
Elle a enchaîné.
"Ca fait mal comme ça, maman, j'ai un peu peur que ça me tue... ça pique tu sais."
J'ai beaucoup réfléchi à cette interprétation. Zoé avait vraiment su imager ce qu'elle vivait de l'intérieur... j'étais très fière d'elle.
Je l'ai remerciée, calinée et lui ai demandé de continuer à dessiner ce qu'elle ressentait... si elle en éprouvait le besoin.
Elle dit aujourd'hui que le fusil est parti de son ventre et qu'elle se sent super bien...
Que la fois où il lui a fait le plus mal, c'était après le premier massage du kiné... depuis tout a changé...
Je suis très troublée et libérée à la fois.
Aller jusqu'à ce qu'il y a dans la tête de son enfant atteint d'encoprésie n'est pas une mince affaire.
Mais il faut user de patience, et tenter des expériences.
Surtout lorsqu'elles sont conseillées par une amie proche... très proche.
Merci Nath.
mardi 31 juillet 2007
Un dessin
Publié par
Véro
à
10:07