Vous allez certainement vous demander pourquoi j'accorde un chapître au profil de ma Zoé. Qu'est-ce que cela vient faire là dedans? quel rapport avec l'encoprésie?
Vous avez raison de vous poser la question.
J'ai moi même mis lontemps à comprendre que les deux étaient étroitement liés, dépendants...
Que l'un marchait avec l'autre... que cette maladie était dite "mentale" et que forcément, le mental avait sa part de responsabilité...
Zoé est la dernière d'une fratrie de trois filles. Chaque famille qui possède mon schéma familial sait combien une (ou un) troisième pousse comme un champignon, grandit vite sans qu'on ait besoin de s'en soucier... La machine était rôdée. C'était (encore!!!) une fille que nous allions avoir, donc le mode opératoire était le même. Nous étions très zen...
Manon avait tellement miné le terrain à sa naissance que nous étions en terre docile, de paix, avec Zoé... un grand ciel bleu nous illuminait quand nous sommes sortis de la maternité ... la vie avec un grand V arrivait à la maison...
Zoé a toujours voulu faire comme ses soeurs, tout pareil... elle était gentille, volontaire et rigolote. Elle a été facile à élever.
Son entrée à l'école a tout changé. Elle n'a plus été la petite fille épanouïe et zen qu'elle était... L'arrivée de son encoprésie en était-elle la cause ou la conséquence ?
Comme je le disais dans mes précédents chapîtres, elle pleurait quand je la déposais à l'école. Toute l'année scolaire durant... Nous avions institué un roulement avec Jean-Phi car même si elle n'en démordait pas, son père arrivait à tourner les talons quand elle hurlait de douleur derrière la portail de l'école... chose que je peinais à faire... donc nous nous partagions cette lourde tâche.
Ces séances de gros chagrin se sont arrêtées. A la place, elle a commencé vers ses six ans à me parler de la mort... avec gravité et insistance... et surtout de MA mort...
Le coucher du soir était irrémédiablement le même : elle attendait son calin, prenait son livre et entamait son dicton "fais de beaux rêves, maman, pas de cauchemar, je t'aime plus fort que l'amour..." Sur ce point, elle n'a rien changé d'un poil, j'ai encore eu le droit hier soir à sa phrase favorite, appliquée, réconfortante...
Par contre elle enchaînait à cette époque sur "tu seras encore là demain matin, tu ne vas pas mourir?"... Là c'était problèmatique. Je l'embrassais fort et lui disais "bien sûr que oui, je serai là!"... tout aurait été plus simple si elle n'avait pas rajouté "tu peux me promettre de vivre jusqu'à 100 ans?"...
Je ne comprenais pas ce besoin d'éternité, je ne la braquais pas, sinon elle pleurait... mais je partais me coucher chagrinée... qui peut promettre une telle chose? je me disais que si ma fille me perdait à cause d'un accident de la vie, du jour au lendemain, elle serait en colère contre ma promesse non tenue... me haïrait de l'avoir laissée... il fallait qu'elle sache que la vie est une histoire qui finit toujours mal... seulement était-ce si nécessaire de débattre de la mort à six ans? Chaque soir? et parfois dans la journée sur le chemin de l'école?
J'ai vécu avec ses idées morbides tout 2006...
Nous avons suivi son traitement à la lettre, cette même année... elle faisait chaque jour des pertes conséquentes dans sa culotte, et surtout le soir après la douche, dans la couche... on avait des périodes plus sales, d'autres moins... elle a pris du poids, de l'appétit et sa fatigue a disparu...
Nous l'avons amenée chez un gastro-entérologue réputé de notre région, à Gradignan. Un homme gentil et très professionnel... Il nous a dit de lui donner juste du Transipeg le matin et un Importal le soir... et de la mettre sur les toilettes chaque jour, les jambes surélevées pour que le sphincter soit sollicité... incité...
je lui demandais de ne plus se mettre dans un coin les jambes raides, de se cacher pour tout faire remonter, mais de s'accroupir et de m'appeler, pour partager sa douleur et son courage... il y a eu les récompenses, le petit livre de Tom Tom et Nana à chaque réussite, les figurines de Clochette (sa fée adorée)... elle a été participative... elle a vu qu'on voulait l'aider, sans la juger... et à son rythme...
Elle faisait des fois pipi culotte. C'était inégal.. je ne comprenais pas pourquoi. Elle me disait "j'ai pas le temps, je joue!"... ce qui me laissait sans voix!!!! prendre le temps d'aller aux toilettes était obligatoire, inné, nécessaire, systématique!!!! Bref comment pouvait-elle ne pas avoir le temps ???
C'est comme cela que j'ai commencé à étudier ses jeux, ses activités... elle a toujours aimé défaire, reconstruire, décortiquer... dessiner sur des millions de feuilles et les afficher partout, sur sa porte de chambre, sur le frigo... toujours un soleil, nous 5, les fleurs, la maison, la chienne!!!! Elle a cherché à s'intéresser aux jeux d'ordis de ses soeurs, très vite... dès deux ans... et à six ans, elle faisait déjà des jeux qui ne lui étaient pas destinés, trop durs, trop rédigés... elle est entrée au CP et a su lire en deux mois... elle a alors fait la razzia sur les jeux à consigne et a passé un temps infini à rattrapper ses frangines!!! Elle me disait "c'est quand que je double Julie???"... "comment ça doubler Julie???" je faisais la sourde oreille... "bah oui, être la plus grande!".... "ah ok!!! C'est pas possible, chérie, tu es née cinq ans après elle, tu seras toujours plus petite qu'elle"... elle râlait et partait dans sa chambre en lançant un "t'aurais pu me mettre en premier dans ton ventre, tout de même!!!"... On se regardait avec Jean-Phi, surpris, amusés.
Et ça revenait sur le tapis... inlassablement...
Son institutrice de CP a commencé par me dire qu'elle travaillait vite, et très bien... Zoé était en double niveau CP-CE1... elle était la plus petite et la plus jeune, étant née un 24 décembre... un anniversaire en fin d'année qu'elle ne digère pas non plus!!!!
Sa maîtresse m'a parlé de son comportement assoiffé, perfectionniste dans l'apprentissage...
"je dois la restreindre... elle est excellente dans son travail de CP... vous savez, je leur donne des exercices longs pour aller m'occuper de mes 8 CE1 ... Et bien, elle a toujours fini rapidement et vient apprendre les leçons que je donne au niveau supérieur... j'ai beau lui dire qu'elle peut faire un dessin, elle récite avec eux... c'est une enfant très spéciale."
Je n'étais pas étonnée. A la maison, Zoé veut toujours être active... elle ne sait pas "ne rien faire". Elle n'est pas dans un mouvement perpétuel, elle est posée. Mais il lui faut une activité, et intellectuelle de préférence. Tout le temps.
A l'école, elle a des tas d'amis. Elle attire les autres à elle très facilement et aime être la "star". Elle a un petit copain préféré qui est très accroché à elle. Ils se parlent sur msn, s'appellent, parlent mariage et enfants!!! C'est très marrant...
Elle a fait un ce1 exemplaire cette année encore. Sa maîtresse ne tarit pas d'éloges sur elle : "en vingt cinq ans de carrière, je n'ai jamais vu ça, elle est incroyable!"... Zoé s'ennuie en classe, elle travaille trop vite... dernièrement, elle a fait en douce une "BD"... elle a collé des feuilles avec du scotch pour les rellier, a fait un cadrillage er a inventé l'histoire de la petite Léa qui avait des poissons rouges qui rêvaient de sortir de leur bocal pour sentir les fleurs... celles qu'ils voyaient au travers de leur maison aquatique, posée près de la fenêtre de Léa...
La maîtresse est tombée dessus, l'a lu et m'a convoquée le midi même... elle était très enjouée, admirative et m'a demandé la permission de le présenter à la classe, avec Zoé, et d'en faire un thème de travail collectif... j'ai dit oui et j'ai félicité ma puce, rayonnante.
Ce que je vous décris n'est pas pour valoriser ma fille, pour vous dire que c'est une élève modèle. Non. J'ai déjà vécu un passage similaire avec Manon et cela n'a pas été facile à gérer du jour au lendemain. Nous avons toujours laissé nos filles s'épanouïr dans leur vie scolaire sans devancer les choses... Nous les aidons pour les devoirs, sommes à l'écoute, mais rien de compétitif...
Non, je vous parle de Zoé sous cet angle car l'encoprésie est des fois liée à la précocité... j'ai lu pas mal de choses là dessus et Zoé colle vraiment à ce profil d'enfant qui n'a pas le temps d'aller aux toilettes, qui a toujours quelque chose à faire, qui est anxieux de ne pas réussir du mieux qu'il peut, qui croque la vie à pleines dents et a peur que tout s'écroule... qui s'ennuie à l'école et qui pense qu'il serait beaucoup mieux à rester à la maison...
Nous commençons à comprendre que tout marche de pair... Zoé ne se ménage pas, elle le paye d'une façon bien particulière...
Le fait qu'elle grandisse et qu'on puisse la mettre devant le fait accompli, devant son côté excessif, nous aide beaucoup à avancer dans sa maladie...