Zoé a toujours fait comme si de rien n'était, comptant sur ma discrétion pour filer la changer aux toilettes, feignant de voir que je devais transporter lingettes, serviettes périodiques et rechanges partout où j'allais, vivant sa vie coûte que coûte...
Ce dimanche, je devais avoir la tête à l'ouest. J'ai commencé par transférer le minimum nécessaire dans un petit sac à dos acheté en prévision des vacances, j'ai chaussé les ballerines plates et je suis partie cheveux au vent avec ma tribu vers le tramway... il était 11h du matin, et la journée allait être chaude et ensoleillée.
Ca tombait bien. Bordeaux fêtait son fleuve. Nous voulions être de la partie...
Le fleuve en question, c'est la Garonne, vous vous en doutez. Le lieu précis, c'est Bordeaux centre, place de la Bourse, ou au bas du grand Théâtre, là où les quais ont été aménagés en balade, en petits restos d'été où foisonnent les terrasses, en jardins fleuris où les bancs accueillent les meurtris des pieds et retraités divers... c'est un peu l'ambiance de Paris Plage, que j'ai eu le temps de découvrir avant mon départ de la capitale. Les gens prennent l'air et le soleil, poussent des landaus, chaussent les rollers pour accompagner leur progéniture tordue de rire (je dis cela car on a déjà testé, notre coccyx s'en souvient encore!)... bref, je vous décris un lieu que vous avez tous plus ou moins connu au moins une fois, un dimanche parmi d'autres, quelque part...
La seule différence était le prétexte de "fête"... car les quais, ils sont aménagés toute l'année, été comme hiver... le petit "plus" nous est apparu dès la sortie du tramway, dont j'ai failli oublié de descendre (défaut familial!))... Zoé a commencé par hurler sur le trottoir, accroché à son père plié de rire "Mais maman qu'est-ce que tu fais, descends!!!!" ... ouf, je n'étais pas la seule retardataire, quelqu'un a appuyé sur le bouton et la porte s'est rouverte... j'ai eu le droit à un "bah alors maman, tu captes ou quoi?" de Julie... et j'ai souri, car elle avait un peu raison...
Ce petit "plus" était donc en plein dans notre ligne de mire, tel le nez au milieu de la figure : on ne pouvait pas le louper. Il s'appelait le Cuauhtemoc et n'était autre qu'un beau voilier à trois mâts d'origine mexicaine.
C'était clair, on ne pouvait pas ne pas le visiter. mais il était midi et voyant l'affluence massive des touristes devant les terrasses fleuries et accueillantes des restos, nous avons fait un choix crucial et difficile... Macdo nous faisait de l'oeil du bout de sa rue piétonne voisine... nous n'avons pas pu résisté... je ne me rappelle même pas avoir essayé! Zoé et Manon chantaient déjà "trop cool, il y a des figurines Shrek dans les menus!!!!"... je pense aussi que mon porte-monnaie s'en réjouissait car j'avais un petit air dans la tête qui disait "tu t'en tires bien sur ce coup-là, ma vieille"...
Nous avons donc fait plaisir à tout le monde, petits et grands...
En plein milieu de la balade des quais trône une esplanade, "le miroir des quais". C'est un grand bassin a fleur de trottoir sans profondeur qui reflète la ville et le fleuve. L'eau y est en constante evolution: c'est tour à tour un brouillard de brumisateurs, des bouillonnements et... une pataugeoire délicieuse...
Nos filles avaient chaud. Deux secondes avant de la découvrir, elles ne se plaignaient de rien, mais là, elles ne pouvaient plus faire un pas de plus, c'était à la limite de la syncope. Nous ne pouvions pas comprendre, c'était là, tout de suite, maintenant... il leur fallait se rafraîchir. Sous peine de devoir les porter sur nos épaules pendant la visite du voilier... si, si, à ce point-là.
Elles ont enlevé leurs chaussures à une vitesse que j'aimerais voir plus souvent, par exemple quand elles rentrent de l'école, elles ont retroussé leurs pantacourts... et zouh, elles sont parties comme des flèches.
Zoé portait des sandalettes, un jean et une tunique rose qui lui arrivait aux genoux... elle a fait demi-tour et m'a demandé de lui laisser juste son "haut" qui pouvait faire office de robe. Elle n'avait pas réfléchi que c'était un tissu voile un peu transparent et que l'on pouvait deviner en desous sa petite culotte garnie d'une serviette périodique... Je l'ai laissée repartir et s'élancer comme une folle vers ses soeurs...
Zoé ne fait rien dans la démesure. Elle a commencé à tournoyer, à se prendre pour une patineuse artistique et a mimer la brasse allongée sur le sol dans 5 centimètres d'eau... à plat ventre, sur le dos, en roulant... elle était ravie, et trempée.
Elle s'est alors relevée d'un coup, m'a regardée avec un air qui disait "mais au fait, ma culotte, j'ai oublié!" et elle a courru vers moi. La serviette périodique avait gonflé avec l'eau, la gênant pour marcher et la rendant confuse, triste. Elle s'est approchée et m'a dit "je dois sortir car peut-être que j'ai des traces sur ma serviette et ça va aller partout sur mes jambes et dégouliner..tu vas me dire de rester au bord car je suis sale, maman?"... je l'ai rassurée et je l'ai amenée dans un coin à côté des poubelles, derrière un stand. Je ne savais pas pourquoi, mais je n'avais pris ni lingettes, ni serviettes périodiques propres et rechanges dans mon sac... c'était bizarre car je ne le fais jamais... je ne me l'explique pas encore...
Zoé a paru triste et attendait. J'ai donc pris l'initiative de regarder ses fesses, la serviette était gonflée, humide, mais nickel, aucune trace...
"bah oui je suis allée aux toilettes avec papa chez Macdo, j'ai pas envie en ce moment." m'a t-elle expliqué.
Je l'ai regardé et je lui ai dit "Ecoute, je jète cette serviette gonflée d'eau à la poubelle, et tu restes comme ça, en culotte, comme tout le monde, ok?"
Elle était mitigée. "Tu crois que ça va aller, je vais pouvoir me retenir?"
J'ai secoué la tête, confiante "tu vas pas rater une belle partie de jets d'eau, tout de même? allez vas-y, tu te retiens, et tu feras ce soir en rentrant à la maison, d'accord?"
Elle est partie, libre comme l'air.
Nous avons pu prolongé ce moment de jeu par une visite du très beau voilier mexicain, les filles ont adoré. Nous sommes retournés à l'esplanade une seconde fois, car à 15h, il faisait 30° et même Jean-Phi et moi rêvions d'y mettre nos pieds... Zoé a remis son jean qui était sec quand nous avons pris le tramway, je lui avais enlevé sa culotte trempée, restée sans traces... elle jubilait.
nous sommes revenus à la maison vers 16H30, nous avons bu et grignoté sur la terrasse et j'ai douché Zoé qui commençait à avoir mal au ventre et à se sentir fatiguée... elle avait fait un effort conséquent : se retenir pour ne pas tâcher ses vêtements tout en faisant en sorte que l'envie revienne un peu plus tard... au bon moment.
Elle a voulu se mettre en pyjama d'été, elle a réclamé une couche et s'est glissée sous la couette de mon lit devant Toy story 2...
Au moment de dîner, elle avait retrouvé sa forme et m'annonçait fièrement avoir une petite boulette dans la couche... j'étais ravie et je n'ai pas manqué de la féliciter. Elle est allée délirer dans la chambre de Julie devant des dessins mangas et s'est couchée radieuse... nous avons tous été solidaires de ces efforts, la calinant beaucoup, et elle était apaisée, réconfortée... quand elle est montée dans son lit avec son livre de fée, de sa collection de poche préféré, elle m'a dit "maman, tu crois que j'ai mérité que tu m'achètes celui de la fée Marine?"... j'ai souri et je lui ai dit "oh oui, je crois que tu l'as bien mérité!"....
Zoé ne perd jamais le nord... elle ne perd d'ailleurs plus grand chose dans sa culotte non plus... c'est magique...
lundi 25 juin 2007
Zoé s'éclate
Publié par
Véro
à
09:52
Rubriques : le temps qui passe