Zoé est entrée en deuxième année de maternelle à la journée, au Havre... elle revenait manger le midi comme ses soeurs scolarisées à la primaire du même groupe... Sa constipation est devenue encore plus virulente du fait de la sieste en moins, donc une possibilité en moins de mettre une couche et de se dégager... Cela a tout aggravé...
j'ai repris mon travail de nounou en octobre avec un petit garçon de six mois... Elle a de nouveau fait la moue et a jugé cela comme une intrusion dans notre famille, qu'elle ne voulait pas et ne comprenait pas... j'ai tenté de lui expliquer que c'était mon travail... que je l'avais choisi après la naissance de Manon qui avait eu de gros soucis de santé, afin d'être à la maison... que j'en avais eu un autre avant, le même que papa... et que cela voulait dire ne plus être à la maison avec elles... elle a commencé à me demander de promettre de ne jamais reprendre ce travail loin de la maison... je lui ai dit que cela durerait le temps que Manon serait fragile et que elle-même serait petite... elle a dit de suite qu'elle ne voulait pas grandir... et a rajouté "et si je suis malade, tu resteras encore plus longtemps à la maison?????" je n'ai pas tilté... j'ai souri... et je l'ai embrassée.
Zoé n'a jamais rien dit par hasard, par amusement. D'autres phrases du même type ont fusé et j'ai commencé à les analyser, à les décortiquer... Elle rentrait le midi de l'école avec le teint pâle, l'appétit restreint, l'envie de dormir... je la "trainais" le coeur serré avec ses soeurs vers 13H30, le bras mou, les pas timides... je commençais toujours par la primaire car la maternelle fermait ses grilles plus tard... Au fur et à mesure que j'avançais vers sa cour, elle ralentissait, se tordait de douleur, chouinait et pleurait à chaudes larmes en me serrant le cou devant la dame de service qui lui disait "allez Zoé, lâche maman, il faut y aller maintenant..."....et je l'entendais me murmurer dans l'oreille "me laisse-pas maman, je vais pas bien, je suis malade..."
Mon coeur de maman ne pouvait pas supporter cela tous les jours sans faillir... je cédais au moins deux fois la semaine et je la couchais dès qu'elle revenait avec moi... elle était souriante, apaisée... et comme pour me faire un "cadeau", elle faisait une petite boule dans sa couche, petite récompense pour ma faiblesse, petite façon de me dire "tu vois, quand tu me gardes avec toi, je fais caca..."
Les vacances de Noël sont arrivées. L'institutrice de Zoé était adorable et savait tout de cette drôle de constipation qui caractérisait Zoé... elle m'avait dit "jusqu'à Noël, jouez son jeu, après réduisez à une sieste chez vous la semaine si vous le pouvez..." J'ai jugé qu'elle avait raison car cela devenait un vrai cercle vicieux, Zoé m'en demandait chaque jour davantage... et je ne pouvais pas la descolariser... c'était absurde...
Comme à chaque fois, elle était gaie comme un pinson pendant les vacances scolaires, elle allait à la selle au moins une fois la semaine, mangeait mieux... et retrouvait sa joie de vivre...
La reprise scolaire a été difficile. je voulais être ferme, et je commençais à lui dire qu'il fallait qu'elle arrête de se rendre malade, que ne pas faire caca était dangereux pour sa santé, que nous devions arrêter les siestes avec la couche et que nous allions instaurer un rituel du pot le soir... avant le bain...
Elle a fait une tête si triste que j'ai dû prendre sur moi pour ne pas lui dire "oublie tout ce que je viens de dire, fais comme tu veux!!!!"... j'ai tourné les talons en lui disant juste "je suis sûre que ça va aller, tu verras ma puce..."
Et là elle a dit une phrase assassine, une chose qu'elle avait comprise et assimilée, il y a quelques mois : "pourquoi tu t'es arrêtée de travailler pour Manon quand elle était malade et pas pour moi?"... j'étais verte. elle avait tout juste 4 ans, et me regardait fixement...
J'ai commencé à m'entendre dire ce que j'ai répété tant de fois "mais tu n'es pas malade Zoé, tu te RENDS malade, ce n'est pas pareil du tout que Manon... et puis je garde des enfants depuis que Manon a deux ans, comme maintenant... c'est pareil..."
Les choses se sont alors aggravées. Elle a commencé vers le mois de février à avoir des souillures dans sa culotte... peu abondantes au début... mais au fil des mois, c'est devenu plus conséquent, nauséabond et journalier.... les culottes étaient tellement salies que je n'arrivais plus à les détâcher. J'ai pris la décision de lui mettre des serviettes périodiques, que je changeais le midi, et après le goûter... c'était plus confortable pour elle et pour moi... elle avait toujours la couche la nuit... les fécalomes se sont encore espacés, on est passé à 15 jours voire trois semaines de retenue... les séances sur le pot se terminaient en drame, en épuisement... j'essayais d'être coopérative, attentive... mais le soir de trop arrivait des fois, révélateur de ma fatigue, de mon incompréhension, de ma peur... et le clash se produisait... elle pleurait... je lui disais combien c'était diffcile pour moi car je ne comprenais pas... je lui demandais si elle sentait son caca venir, si elle avait mal, si elle préférait faire dans la couche car si c'était le cas j'étais prête à ce qu'elle en porte dès la sortie de l'école...
Elle était muette, et feignait de ne pas entendre...
Vers la fin de l'année scolaire, j'ai commencé à me poser des questions, à me sentir mal... Je suis allée chercher sur internet une main tendue en tapant un maladroit "caca culotte" ... tout bête... je suis tombée sur le site de Maroca... Je me suis revue devant l'émission de Delarue sur l'autisme Asperger quelques temps auparavant, croyant voir Manon dans tous les portraits proposés, les larmes aux yeux... (l'histoire de Manon, la soeur de Zoé, figure sur PremaBlog)... je me suis secouée et j'ai parlé de tout ce que j'avais lu à Jean-Phi le soir même, en lui avouant mon sentiment : "Je ne veux pas commettre la même erreur qu'avec Manon, foncer tête baissée... faut que tu m'aides à calmer mon impulsivité, je suis capable de l'amener chez un spécialiste dès demain..."
Il a été là, confiant, rassurant... et l'été est arrivé, avec nos vacances en Catalogne et son lot de bons moments familiaux... Zoé est redevenue joyeuse, coquine... les bains de mer étaient bénéfiques et elle allait à la selle une fois la semaine, on était ravi... tout allait mieux...
Cela n'a pas duré... tout a repris dès la rentrée scolaire... malheureusement....